Si vous ne voulez pas en savoir plus, ou que vous êtes un adorateur de Modern Warfare 2 et que vous passez une bonne journée, je vous engage à arrêter tout de suite la lecture, car des propos pourraient heurter votre sensibilité.
Bien. Alors, qu'est-ce que cette fameuse mission « No Russians » ? Le joueur prend le contrôle du sergent Allen, infiltré dans un groupe terroriste russe, qui décide de massacrer des civils dans un aéroport local afin de pouvoir accuser les Américains d'en être responsables.
En gros, dans cette mission - quasiment dès le départ du jeu, on doit tuer des gens sans défense, sous des prétextes vaguement politiques. Le joueur a le choix : soit il participe au massacre, soit il ne tire pas une seule balle.
Dans les deux cas, le spectacle est choquant. N'importe qui pourra dire n'importe quoi, sortir des arguments du genre « on fait la même chose depuis des années, les soldats aussi ont une famille blabla, GTA c'est pareil et c'est génial », le constat reste le même. Nous sommes spectateurs, voire acteurs d'un massacre terrifiant de réalisme, sans jamais l'assumer réellement.
/GW_00079241.jpg)
Car, sans doute conscients qu'ils s'attireraient les foudres de la critique (la scène a d'ailleurs été supprimée en Russie, tu m'étonnes ; et le jeu ne sortira que sur PC), Infinity Ward joue la midinette avec trois types de passagers, aucun handicapé, aucun noir, aucun latino, aucun enfant. Une tuerie « réaliste », donc, mais qui doit tout de même rester irréaliste, et surtout très « politiquement correct » si l'on peut dire.
Pire encore, un message d'accueil au début du jeu indique aux gens qu'ils peuvent sauter la dite-scène. Sans ce facteur, cet article n'aurait sans doute jamais existé.
Et le joueur avec un cerveau de s'interroger sur la gratuité de « No Russians ».
Si je peux sauter cette scène, pourquoi l'avoir conservée ? Pour montrer les horreurs de la « guerre moderne », sans toutefois aller jusqu'au bout du propos ? Sans OBLIGER les joueurs à tuer pour leur faire prendre conscience que la guerre, c'est moche ? Alors oui, cela s'inscrit dans le scénario global, il s'agit même de la scène-clé. Mais on peut la sauter, bon dieu.
C'est peut-être ça le plus révoltant. Reconnaître à demi-mot, façon allumeuse qui ne comprend pas son viol, que l'on provoque mais que l'on n'aurait peut-être pas dû, car à aucun moment cela ne se justifie. Gratuite. C'est le mot. Une scène d'une violence inouïe et gratuite. Dérangeante, même. Même le plus violent des films permet de prendre une distante suffisante, qui disparaît ici immédiatement à cause de la fameuse « vue FPS ». Un bras avec une arme. Et ne pas tirer implique tout de même d'avancer. Avancer dans un spectacle aussi macabre, simplement en observant ce qui se passe, relève de la pathologie. Il faut aller consulter. Il faudrait que je montre la dite-scène à un psy pour qu'il m'en donne sa version.
Quoi qu'il en soit, agir dans cette scène s'avère « moins choquant » si tant est que personne ne lui donne un autre sens que la scène elle-même : tuer des gens virtuels dans un jeu vidéo... à la différence près qu'ils ne peuvent pas répliquer. Bientôt, nous aurons des simulations de massacre de peuples détestés, qui seront tranquillement dans la rue, et cela ne choquera personne - car pourquoi réagir à un tel principe, lorsque l'on tolère une scène de quelques minutes où l'on incarne un terroriste ?
La limite entre le jeu vidéo et la réalité, du moins le réalisme virtuel, trouve ici ses limites. Que peut-on se permettre, que peut-on tolérer ? Chacun se fera juge. Pour ma part, j'ai tranché : inutile, gratuite et forcément malhonnête. Comment ne pas parler du premier jeu qui permet de participer à un spectacle aussi choquant, à peine quelques jours avant la sortie du jeu ?
Si tout le monde a déjà dit un mot sur la question (et j'imagine que le forum va s'enflammer... euh non, c'est vrai qu'on est sur Gameweb), personne n'a parlé d'un autre fait que je juge extrêmement limite-limite. Car un joueur somme toute jeune, peu éclairé sur la vie, adepte d'Internet et de jeux en ligne, donc en décalage total avec le monde réel (soit 85 % des joueurs de Modern Warfare 2), pourrait croire qu'il n'y a que des terroristes dans les favelas ou que les Russes sont les commanditaires des terroristes en Afghanistan.
Pour le premier, c'est d'autant plus choquant que la mission de Rio commence en pleine rue, et qu'il y a des gens qui crient, qui fuient, qui réagissent à l'effroi que provoque une fusillade. Un excellent point qui renforce l'immersion, mais qui a un revers bien plus fâcheux.
/GW_00079243.jpg)
La poursuite du criminel amène notre groupe dans une favela (en gros, un bidonville en marge de la « rue ») et là, plus de gens. Enfin si. Uniquement armés jusqu'aux dents, très entraînés... en bref, des criminels en puissance. Si cela n'est pas dit explicitement (dans le texte), implicitement, les images laissent penser que les gens pauvres du Brésil sont tous des as de la gâchette, rois des trafics illicites et autres violences
« ordinaires ». Et moi, ça me pose un problème d'exploiter un lieu de misère pour répandre une idée qui sanctifie l'inverse. Il est vrai que les favelas, dans le monde réel, sont un lieu propice à la violence, aux trafics et aux fusillades, mais leurs habitants ne sont pas TOUS des terroristes, dealers ou criminels recherchés.
Deuxième problème, plus en corrélation avec la nature-même du jeu vidéo : le fait que les gens « réels » / les « civils » n'interviennent plus une fois dans la favela, laisse supposer qu'il ne s'agit que d'une entrée en matière, mise en scène pour entrer dans un NIVEAU DE JEU où l'on va faire boum-boum sur des cibles qui sortent parfois des fenêtres. Il y a mieux en matière d'immersion, de réalisme et de... modernité.
La vraie question de l'absence de gens dans les favelas est donc une fois de plus de définir si les développeurs ont assumé leur idée ou non. Vous voulez montrer la guerre moderne en exploitant l'ultra violence des bidonvilles de Rio ? Soit. Alors foutez-moi des enfants qui jouent au foot et qui se prennent des balles, des gens qui vont faire leurs courses et qui se mettent à courir dès que deux gangs règlent leur compte, ou des amoureux qui se promènent sans avoir forcément peur pour leur vie. Montrez la réalité.
Pourquoi avoir le besoin systématique de vouloir proposer un ultra-réalisme visuel et une absence totale de cohérence, voire de ne pas assumer le fond qui va avec les images ?
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Dans cet article, je ne fais qu'exposer des faits. Je donne parfois mon avis certes mais ce que je juge principalement c'est qu'Infinity Ward n'assume pas sa direction. L'ultra-réalisme visuel, le fond sans réflexion. Je ne dis pas que je veux "voir des enfants se prendre des balles". Je dis que vu le contexte et la direction, il aurait été normal de montrer ce type de scènes... si tant est qu'on l'assume. C'est bien beau de proposer la guerre ailleurs que sur un terrain de bataille justement, de l'étendre à la ville. C'est même plutôt logique vu que c'est précisément la définition de la guerre moderne mais n'y inclure aucun facteur réaliste prouve simplement que la plupart des éditeurs voulant gagner de l'argent ont un comportement d'allumeuse : provoquer pour finalement pas grand chose.
Fin de la parenthèse qui n'a jamais commencée.
/GW_00079242.jpg)
Tout ceci me dépasse, et m'amène à dire que Modern Warfare 2, au fond, est d'une hypocrisie consternante. Consensuel. On va donner de « la guerre moderne » très romancée, façon Hollywood, avec un degré zéro de réflexion, en prenant des raccourcis abrutissants de connerie, et en n'assumant jamais ses propos. Tout ce que l'on déteste en temps normal, mais que l'on tolère ici parce qu'il s'agit d'un jeu.
Le jour où David Cage sort son Hollywood Night : une histoire écrite avec les pieds, avec des dialogues nuls et des scènes de cul, tout le monde va crier au génie ?
Il serait temps, grand temps pour son bien de considérer le jeu vidéo en tant qu'adulte.
Il ne risque pas d'évoluer en tout cas, si l'on permet ce genre de raccourcis et de
« bullshit » qui gangrènent depuis des années le cinéma, les séries, les bouquins. Il serait temps aussi de lui donner l'importance « artistique et culturelle » qu'il mérite, en arrêtant de crier victoire dès qu'il essaye de singer le cinéma avec l'absence de réflexion sur l'image qu'on lui connait. Ca en devient très irritant.
Interview longue et complète du chef de projet du nouveau Guitar Hero chez Neversoft. Instructif.
Premières impressions sur Dead Space présentées de façon originale, sous forme d'une discussion entre Bliss et Eric S.